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Aux Etats-Unis, pour obtenir un emploi le vaccin sera obligatoire

Les employeurs américains commencent à exiger des candidats qu’ils soient vaccinés avant de prendre leur poste. Il s’agit d’une nouvelle règle que certains managers appliquent également aux salariés déjà en fonction

Une récente offre d’emploi pour un poste de sommelier au sein du restaurant new-yorkais Eleven Madison Park énumérait une série de compétences nécessaires, dont une connaissance exceptionnelle du vin et la capacité de soulever 15 kg. Une ultime condition concluait la liste : être vacciné contre la Covid-19.

Alors que le marché du travail américain retrouve des couleurs, les postes consistant à faire fonctionner des machines à Louisville (Kentucky), à travailler dans des bureaux à Houston et ou à faire le service dans des restaurants à Manhattan exigent désormais des candidats qu’ils soient vaccinés – ou prêts à le faire dans les trente jours suivant leur embauche.

Ces obligations n’en étant qu’à leurs débuts, il est difficile de déterminer combien d’employeurs américains exigent désormais d’être vaccinés. Jusqu’ici, les entreprises étaient généralement réticentes en faire un critère essentiel. Dans un premier temps, parce que les vaccins étaient rares, puis parce que les patrons craignaient de déclencher un tollé chez leurs employés, selon des avocats spécialisés en droit du travail et des responsables des ressources humaines.

Les dernières données fédérales montrent que la moitié des adultes américains ont reçu au moins une dose et les vaccins sont désormais accessibles à tous les adultes aux Etats-Unis. C’est pourquoi certains employeurs ont moins de scrupules à mettre en place une obligation vaccinale. Toutefois, les sondages indiquent aussi qu’une partie de la population reste méfiante vis-à-vis des vaccins. Certains hésitent en raison des effets secondaires possibles ou des problèmes d’innocuité et d’autres ne font pas confiance aux fabricants de médicaments ou au gouvernement.

Légalement, les entreprises peuvent faire de la vaccination un critère d’embauche, mais elles doivent tenir compte des croyances religieuses ou des pathologies qui peuvent empêcher les travailleurs de se faire vacciner

Le réseau de l’hôpital méthodiste de Houston a rendu obligatoire la vaccination des employés actuels et des nouvelles recrues, sauf dérogation. Ceux qui ne s’y conforment pas seront d’abord suspendus sans solde, puis licenciés, prévient une porte-parole de l’hôpital. Houston Methodist estime que la vaccination des employés est essentielle pour assurer la sécurité des patients.

« Pour nous, il s’agit d’un devoir ​», déclare le docteur Marc L. Boom, directeur général du réseau hospitalier, au sujet de la décision de son organisation d’exiger la vaccination. Il emploie plus de 26 000 personnes, des infirmières au personnel en contact avec les patients en milieu clinique en passant par les employés administratifs qui travaillent en dehors de l’hôpital.

Légalement, les entreprises peuvent faire de la vaccination un critère d’embauche, mais elles doivent tenir compte des croyances religieuses ou des pathologies qui peuvent empêcher les travailleurs de se faire vacciner, explique Kevin Troutman, associé chez Fisher Phillips, qui dirige le groupe de travail du cabinet d’avocats sur ce sujet. Les employeurs peuvent demander une preuve de vaccination, mais les patrons s’exposent à des risques juridiques s’ils sondent les raisons de l’hésitation d’un travailleur.

« Le processus de vérification peut être assez compliqué », prévient M. Troutman, ajoutant que la plupart des entreprises qui imposent à leurs employés de se faire vacciner les avertissent au préalable et leur donnent des mois pour le faire. « Je commence à voir chaque jour un peu plus d’employeurs cherchant à l’exiger. »

On retrouve ces obligations dans différents secteurs et types de postes. En Alaska, une offre d’emploi de GCI Communication indiquait qu’un vaccin serait nécessaire pour travailler cet été comme guide dans un centre de retraite de cette entreprise de télécoms, pour encadrer les randonneurs et les kayakistes. Une porte-parole de GCI n’a pas souhaité faire de commentaire. Dans la région de la baie de San Francisco, une annonce pour un poste d’assistant des ressources humaines au Boys & Girls Clubs of the Peninsula mentionne en caractères gras que le candidat « DOIT fournir une preuve de vaccination contre la COVID » ou contacter l’équipe des RH de l’organisation s’il peut bénéficier d’une exemption.

Les candidats sont soumis à la même exigence que celle qui est en train d’être instaurée par Boys & Girls Clubs of the Peninsula à ses actuels employés, affirme le directeur général Peter Fortenbaugh. Les vaccins protégeront le personnel, ainsi que les enfants et les familles que l’organisation accueille, dont beaucoup sont issus de communautés à faible revenu durement touchées par le virus, ajoute-t-il.

Chez le géant de l’emballage de viande JBS USA Holdings, une série d’offres d’emploi au siège de l’entreprise dans le Colorado, notamment pour un comptable chargé des immobilisations, un responsable environnement et un spécialiste de la communication d’entreprise, précise qu’il est « attendu » des nouveaux employés qu’ils aient reçu au moins une dose de vaccin avant de prendre leur fonction.

La semaine dernière, le président Joe Biden a appelé toutes les entreprises – grandes et petites – à accorder des congés payés aux employés pour qu’ils puissent recevoir une dose du vaccin contre la Covid-19 ou se remettre d’éventuels effets secondaires

JBS a temporairement fermé plusieurs usines après l’apparition de la Covid-19 en 2020 et a recensé 74 cas positifs à son siège social en octobre dernier, selon les registres sanitaires de l’Etat. Un porte-parole a déclaré que la société avait organisé avec succès des campagnes de vaccination dans ses usines et bureaux aux Etats-Unis et qu’elle a commencé à rendre la vaccination obligatoire pour les nouveaux employés au siège social en raison de la grande disponibilité des doses.

Après que Houston Methodist a annoncé l’obligation d’être vacciné, le docteur Boom dit avoir reçu des courriers haineux de personnes extérieures au réseau hospitalier, et certains employés ont exprimé leur mécontentement. Selon lui, il est possible que certains salariés choisissent de démissionner plutôt que de se faire vacciner, mais il prévoit que la grande majorité d’entre eux se conformeront à la nouvelle obligation.

« Notre organisation repose sur la science. Honnêtement, si quelqu’un décide de partir pour cette raison, c’est qu’il ne correspond pas à notre culture », assure-t-il.

La semaine dernière, le président Joe Biden a appelé toutes les entreprises – grandes et petites – à accorder des congés payés aux employés pour qu’ils puissent recevoir une dose du vaccin contre la Covid-19 ou se remettre d’éventuels effets secondaires. Il a également présenté les contours d’un crédit d’impôt visant à aider les petites entreprises à financer ces congés.

Eleven Madison Park, restaurant étoilé au Michelin et chef de file du secteur, répertorie sur la page carrières du site web de sa société mère plusieurs postes nécessitant d’être vacciné contre le Covid-19, notamment ceux de responsable de salle et de maître d’hôtel. Une porte-parole n’a pas souhaité faire de commentaire.

Legacy Restaurants à Houston, exploitant des restaurants locaux Original Ninfa’s et Antone’s Famous Po’ Boys, a organisé ce mois-ci une campagne de vaccination de deux jours pour tous les membres du personnel et leurs conjoints, en partie pour les aider à répondre aux exigences de l’entreprise en matière de vaccination des employés.

Les nouvelles recrues sont également priées d’avoir reçu au moins une dose avant leur prise de poste, précise Ana Fernandez, directrice de l’hygiène et de la sécurité de Legacy. La campagne de vaccination a suscité peu de réactions, affirme-t-elle, et la plupart des employés sont reconnaissants.

« Lorsque le vaccin est sorti, nous avons commencé à demander à tout le monde s’ils étaient partants pour se le faire administrer. Chacun s’est montré très disposé à le faire », assure Mme Fernandez.

Le propriétaire de Lastique International, un distributeur et recycleur de plastiques bruts à Louisville (Kentucky) qui emploie environ 50 personnes, voulait exiger la vaccination de tous ses salariés, y compris les nouvelles recrues. Kristen Manouchehri Oliveira, directrice des ressources humaines de l’entreprise, a commencé à faire des recherches sur la manière de mettre en œuvre cette mesure.

Lastique a discuté de la vaccination obligatoire lors de multiples réunions avec les employés en mars et leur a donné jusqu’à la mi-avril pour recevoir leur première dose. Mme Oliveira a assuré la liaison avec le service de santé local pour aider les employés à le faire.

Si la plupart des employés étaient d’accord, certains ont rechigné, dit-elle, ajoutant qu’une employée de bureau a même démissionné, sans préavis. « Nous ne l’avons jamais revue. ».

Un autre employé a quitté son travail, au prétexte qu’il ne pensait pas que le vaccin était pour lui. Mme Oliveira explique avoir eu des entretiens individuels avec des salariés pour justifier la position de l’entreprise, mais ces conversations peuvent être délicates. « Je ne peux pas vraiment poser beaucoup de questions personnelles » sur les raisons pour lesquelles une personne peut être hésitante, reconnaît-elle.

L’entreprise indique désormais ses exigences en matière de vaccins sur ses offres d’emploi, notamment pour les opérateurs de machines. Elle et ses collègues commencent maintenant les entretiens d’embauche en demandant : « Avez-vous reçu le vaccin Covid, ou prévoyez-vous de le recevoir ? ».

Si un candidat n’est pas disposé à le faire, l’entrevue prend fin. « Ce n’est pas un problème du tout, leur répond-elle. Mais vous ne pourrez pas travailler chez Lastique. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

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L'Opinion

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